Résumé Carrière
Poète, dramaturge, Michel Garneau est né en 1939 à Montréal dans une famille où les livres et la musique tenaient une place importante. Il quitte l'école dès l'âge de quatorze ans. À dix-sept ans, il est annonceur-animateur à la radio de Rimouski, où il reste cinq ans. Il travaille ensuite pour Radio-Canada à Ottawa, puis à Montréal. «Écrivain public», il dirige, aux quatre coins du Québec, divers ateliers d'écriture, est entraîneur à la Ligue nationale d'improvisation, compose une quarantaine de pièces et une dizaine de recueils de poésie de même qu'un album de chansons. Professeur depuis des années à l'École nationale de théâtre, il en est, de 1982 à 1986, le directeur adjoint de la section française.
«Ressourcer la langue québécoise en devenir», en retrouver la vitalité et la verdeur, tel est le projet qui alimente aussi bien l'écriture poétique que théâtrale de Michel Garneau. Sa poésie, amoureuse, sensuelle, joue avec le désir et le rêve, et cherche le plaisir de dire dans «le délire charnu des mots» et «l'immense son joyeux de tous les jargons de la terre.» Archaïsmes et néologismes, parlure des bêtes et langage des corps sont convoqués pour décrire ces «choses pleines où le quotidien brille» et où jaillit une source de tendresse et de beauté dans «la métamorphose des solitudes».
Comme la poésie, le théâtre, pour Garneau, est parole et musique. «Le théâtre m'intéresse, dit-il, dans la mesure où il me permet de faire chanter le langage lui-même», et il avoue «faire semblant d'écrire des pièces tout en fabriquant un grand poème». Ce langage, il le trouve dans le verbe cru, parfois exaspéré de ses premières
œuvres jusqu'aux accords plus doux d'Émilie... et aux accents populaires de Macbeth, dom il fait une étonnante adaptation québécoise. Quatre à quatre, l'une de ses pièces les plus jouées, met en scène, sous forme d'oratorio, quatre générations de femmes de la même famille et secoue l'arbre généalogique de leurs peurs, de leur difficulté de vivre, de leur besoin d'aimer: Anouk, jeune femme de vingt ans, interpelle sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère à différents âges de leur vie. Abriés désabriés emprunte les figures de la danse carrée pour faire évoluer des duos d'hommes et de femmes. Gilgamesh, d'après l'épopée sumérienne, est une cantate à plusieurs voix. Souvent écrites sur commande, les pièces de Garneau montrent l'inconfort de personnages qui, acteurs d'un monde en mutation, doivent peu à peu, à l'instar du héros épique, renoncer à certains de leurs fantasmes et aux attitudes stéréotypées pour se plonger «chaque jour dans le réel des choses».
C'est ce que le poète appelle «l'état de présence». Un état qui, défiant toute contrainte, suppose «l'usage du cœur» et de l'imagination.
GAUVIN Lise et Gaston MIRON. Écrivains contemporains du Québec, l'Hexagone, Montréal, 1998, p.196-197.