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Pierre Ouellet



Pierre Ouellet
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Notice biographique

Pierre Ouellet est poète, romancier et essayiste. Il est l'auteur d'une quarantaine de livres. Ses premières oeuvres poétiques (de 1989 à 1992) ont été réunies dans Voire et Une outre emplie d'éther qui se rétracte dans le froid (l'Hexagone, 2007 et 2009). Il a récemment publié Dépositions (Prix du Festival international de poésie de Trois-Rivières) et Trombes aux Éditions du Noroît. Parmi ses romans, Légende dorée (L'instant même, 1997) a obtenu le Prix de l'Académie des lettres du Québec et Une ombre entre les ombres (l'Hexagone, 2005) a reçu un excellent accueil critique. Il s'est mérité le prix du Gouverneur général dans la catégorie essai à deux reprises, pour À force de voir (Le Noroît, 2005) et Hors-temps (vlb, 2008) et le prix Spirale pour Où suis-je ? (vlb, 2010). Il vient de faire paraître deux nouveaux essais, Sacrifiction (vlb) et Testaments (Liber), de même qu'un collectif, L'emportement (vlb).


De l'auteur au groupe VML

Entretien avec l'auteur

Entretien avec Pierre Ouellet pour «Une outre emplie d'éther qui se rétracte dans le froid».


Dans l’ouverture de votre livre, vous écrivez : « Un homme se penche sur son passé. Sa vie n’est pas finie. Ses livres non plus ». Diriez-vous de votre écriture qu’elle est et reste un work in progress ?
J’essaie de penser, en poèmes, un temps qui ne soit pas un intervalle plus ou moins long entre un commencement et une fin — une histoire en tranches —, mais un va-et-vient constant entre mémoire et anticipation, tension entre passé et avenir, dont le présent serait le lieu tourbillonnant, où l’on ne sait jamais si l’on fait face ou tourne le dos à ce qui vient ou à ce qui revient. Un temps tourbillonnaire, qui ne « travaille » pas, mais joue, qui n’est pas « progrès », mais « regrets »... Risquons un mauvais jeu de mot : play in regrets plutôt que work in progress… Refaire autrement le passé fait surgir devant soi une sorte d’avenir inespéré… dont on n’attend rien de précis, pas de progrès, pas d’évolution, mais où « vivre » nous surprend, nous saisit dans ses révolutions, comme une planète dans son orbite, un astre dans ses interminables rotations… et ses brusques translations.
Votre univers poétique est rempli de paradoxes : tout et rien, écrit et désécrit, faire et défaire, espace et temps, etc. Comment vous voyez-vous, vous pensez-vous dans votre écriture ?
Je ne me vois pas, bien sûr, il fait trop noir. Je ne me pense pas, car il fait nuit : je rêve. C’est penser bien au-delà de soi, dans l’espace, dans le temps, dont on n’occupe jamais le centre : le poème nous pousse à la périphérie… où l’on n’est rien, un trait, un cercle, une circonférence, qui n’enferme rien ni personne, tout ce qu’il étreint lui échappant à chaque instant. Le poème : le rien qui cerne le tout qui le déborde… La pensée ou la vision ne vient plus de soi et ne porte pas non plus sur soi — point de vue surplombant ou sujet qui s’étend —; elle est débord, crue, inonde, irrigue l’espace et le temps… et tous les dieux qui se cachent dedans…
Comment vivez-vous, dans l’écriture, cette dialectique ?
Ce n’est pas une dialectique, mais un entrelacs, un embrassement. Pas de dualisme : une natte, une tresse, dont tout et rien sont les multiples mèches… le vrai et le faux, le noir et le blanc, l’espace et le temps, les innombrables fils, entremêlés. Le poème est l’écheveau qui permet d’en dérouler ligne par ligne, page par page, le long tressé dont le livre va résulter. Une outre…, comme Voire, est un recueil de tresses dont on tire chaque cheveu comme le contraire et le semblable de chaque autre. D’où l’impression de moiré, de chamarré… Un camaïeu.
Pourquoi avoir choisi ce titre Une outre remplie d’éther qui se rétracte dans le froid?
C’est la définition de l’âme quand elle ressemble le plus à un corps. J’ai trouvé l’expression dans un texte du poète français Gérard Cartier. Un ready-made poétique, en quelque sorte. Cette chose qui n’est plus moi depuis des années, cette âme creuse dans laquelle je n’arrête pas de souffler, non pas pour la ressusciter, mais pour faire entendre le bruit vivant de la mort qui passe dedans dès qu’on l’utilise comme une sorte d’instrument à vent qu’on appelle aussi poème, je ne pouvais lui donner un nom qui vienne de moi : il fallait un pur inconnu, mais dont le souffle m’est proche, pour me « souffler » ainsi le titre de ce qui n’en a pas dans ma propre bouche ou dans ma mémoire, cette deuxième bouche qui se ferme quand trop de souvenirs l’accablent, qu’elle voudrait tant régurgiter. Mais une outre donne à boire, aussi, sans jamais désaltérer : le désert reprend ses droits à chaque gorgée, la vie à sec triomphe.
Quels liens entretenez-vous avec les autres arts ? et la philosophie ?
Le poème peint, le poème pense, le poème chante. De la toile musiquée, des notes typographiées, des idées colorées, modelées, architecturées. De la pensée phrasée, le monde en partition, la vie à fresque… Bref, toutes les formes d’art entrent dedans en le débordant.
Vous avez fréquenté presque tous les genres littéraires, les genres d’écriture. En préférez-vous un ou bien vous les pratiquez tous en même temps ?
On parle de transgenres en gender studies, il faudrait faire de même en études littéraires : il y a des essais dans les romans de Proust et les poèmes de Valéry, de la poésie et du récit dans les essais de Levinas et de Merleau-Ponty. Montaigne, Pascal, Rousseau sont-ils penseurs ou auteurs, philosophes ou écrivains?  Pierre Vadeboncoeur, qui n’a écrit que des essais, est l’un de nos plus grands poètes, Jean-Aubert Loranger, auteur du Passeur, entre le conte, le récit et le poème en prose, est l’un de nos premiers penseurs… Un même compositeur peut écrire tantôt une sonate, tantôt un concerto, tantôt une symphonie… Le registre ou la palette de l’écrivain est aussi large, de l’essai au poème en passant par le récit, mais un même ton, une singulière tonalité transparaît en chacun. L’écriture au sens fort ne donne pas de poèmes, des romans ou des essais : elle donne le ton, le rythme, le la, l’alerte ou Dieu sait quoi. Elle se donne, sous toutes les formes, la même et autre, une eau qui dort, qui coule ou qui dévale : aucune forme ne l’arrête. Encore une fois : crue, débordement, marée haute.
Quels sont vos projets ?
Mille et un. Trombes, nouveau livre de poésie, paraîtra l’an prochain. Deux essais sont en cours. Des réécritures attendent. Un roman interrompu, Huée, crie dans le tiroir, d’où il faudra que je le délivre… Un collectif, Sacrifiction, se dessine à l’horizon, dont le premier acte se jouera à l’automne, sous forme de lectures, de tables rondes, de colloques. Et puis faire silence, faire silence, même en écrivant, surtout en écrivant, mais comment ?
Avez-vous une adresse électronique où vos lecteurs peuvent vous écrire ?
Oui : ouellet.pierre@uqam.ca