Prix Robert-Cliche ...du premier roman
Vlb éditeur
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Lauréat 2003
Gilles Jobidon
Gilles Jobidon

Gilles Jobidon travaille dans le milieu de la culture et des communications depuis toujours. Écrire pour lui est une ouverture à la richesse du monde. Il aime le thé et le vin blanc.

 
LA ROUTE DES PETITS MATINS

LA ROUTE DES PETITS MATINS
[ le communiqué ]
 

LA ROUTE DES PETITS MATINS
La route des petits matins s’inspire du parcours initiatique d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Entre autres personnages, on y trouve maître Wou, un maître de thé dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui puisent à une sagesse immémoriale très inspirante pour notre époque agitée.

Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse. Le texte, empreint d’émotion et de poésie, utilise des tournures qui s’apparentent à la structure fleurie des langues asiatiques et donnent aux phrases une musicalité envoûtante.

Écrite comme une longue lettre d’amour, La route des petits matins salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés, d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’ils ont auparavant connu.

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La route des petits matins a également remporté
le prix Ringuet 2004 de l’Académie des lettres
du Québec et le prix Prix Anne-Hébert 2005.

 
 

Entretien

Q Quel est le sujet de votre livre ?
R La route des petits matins s'inspire du parcours initiatique d'un réfugié de culture Sino-Vietnamienne. Le récit débute quelques années après la chute de Saigon. Le locuteur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse tout au long du récit. Entre autres personnages, on y trouve un maître de thé, maître Wou, dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui sont le fruit d'une sagesse immémoriale très inspirante pour l'époque agitée qui est la nôtre.

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Q En quoi se distingue-t-il d’autres livres traitant du même sujet ?
R Non sans un certain humour pour le phénomène de la mode asiatique qui s’étend sur l’Occident (où tout devient de plus en plus Zen ou Feng Shui), le texte utilise certaines tournures qui s’apparentent à la structure fleurie et poétique des langues chinoises ainsi qu'au vocabulaire imagé du Yi-King, du Taï-chi-chuan et de la tradition bouddhiste. L’ouvrage a également fait naître à travers mon écriture de nombreux aphorismes qui lui confèrent une valeur pédagogique (le héros comme guerrier pacifique) sans jamais tomber dans le piège du précepte moralisateur.

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Q À qui votre livre s’adresse-t-il ?
R Écrit comme une longue lettre d’amour, La route des petits matins salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés (boat people), d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’ils ont connu auparavant. La route des petits matins s’adresse également aux amoureux de la langue française, de sa musicalité. De facture minimaliste, l’œuvre est rédigée sous une forme hybride alliant la structure romanesque à celle du récit et de la prose poétique.

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Q Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
R Le contact privilégié avec des réfugiés, des gens qui vivent parmi nous et que l’on connaît très peu. L’inspiration des enseignements des cultures orientales que l’on aborde fréquemment en Occident d’une manière superficielle, voire caricaturale. L’amour que j’éprouve pour la langue, les langues, la littérature et aussi l’écriture, qui s’est imposée à moi sur le tard mais qui a eu le temps de mûrir. Par l’énorme charge qu’elle puise dans l’inconscient, l’écriture est à mon sens une forme de communication qui possède cet avantage de prendre le temps de la profondeur.

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Q Quels sont vos projets littéraires ?
R Créé sous le signe de l’eau, le roman La route des petits matins est le premier ouvrage d’un cycle intitulé L’inhabitude, qui tente d’amalgamer librement les quatre éléments de la culture occidentale (le feu, l’eau, l’air et la terre) aux cinq éléments de la culture chinoise (l’eau, le feu, le bois, le métal [l’or] et la terre). Je travaille actuellement sur l’élément air. Le manuscrit en chantier comporte des événements qui sont arrivés quelque part en Occident en 1691. Ce récit de nature historique est mis en parallèle avec des préoccupations contemporaines et des personnages de notre époque. J’ai aussi dans mes tiroirs quelques autres textes, des nouvelles et de la prose poétique sous une forme hybride qui est très difficile à caractériser.

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Q Avez-vous une adresse électronique où vos lecteurs peuvent vous écrire ?
R @ Gilles Jobidon

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Extrait

Les années Saigon
Tu ne parles jamais d’amour. Aux premiers pas de l’aube, lorsque les lumières de Saigon se sont évanouies, il pleuvait. Dans ta langue maternelle, en cantonais, on ne dit pas il pleut, on dit il pleure. Le ciel a lavé la terre. Depuis longtemps, ta mère savait que tu ferais comme elle, dont la famille s’était enfuie de Canton en 1938 – l’invasion japonaise. Tu es parti, il pleuvait.
Ton départ coïncide avec le jour des Morts. Là-bas, en ces temps de feu, la mort partout, jusque dans l’enceinte des femmes.
Tu n’as pas embrassé ta mère. Elle ne t’a pas embrassé. Du plus loin que tu te souviennes, elle ne t’a jamais embrassé. À sa place, dans la cuisine, sous l’autel, feignant de dormir, elle t’a vu t’enfuir du coin de l’œil. Les mères ont l’œil très aiguisé.
Elle ne s’est pas levée pour toucher tes cheveux, fermer le col de ta blouse, parer à la fraîcheur de la nuit. Vous ne vous êtes pas terrés dans les bras l’un de l’autre. Sur le pas de la porte, en sa direction, tu as regardé le sol. Elle a compris. Chez vous, l’amour se dit patient, dans cette langue muette, en baissant les paupières, frôlant la terre des yeux, uniques témoins de l’âme.
Dans la lente montée qui surplombe la plaine, tu ne t’es pas retourné pour regarder Cholon, le quartier chinois de Saigon que les marchands sortaient à peine du lit. Tu n’as pas, une dernière fois, contemplé le pays de ta naissance, qui n’a jamais été, ne sera jamais ton pays. Toi qui n’as pas été en Chine, que la Chine n’a jamais quitté, tu n’auras jamais de pays que toi.


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