
 Stéphane Achille
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Originaire des Laurentides, Stéphane Achille habite depuis
plusieurs années à Montréal où il a fait des études de littérature
et de traduction. Accordant autant de temps à la musique qu’à
l’écriture, il a publié quelques nouvelles ici et là et a deux albums
à son actif. Il gagne sa vie comme traducteur.
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Dans un restaurant de New York, un musicien sans succès croise
un homme en complet gris accompagné de gardes du corps.
Après quelques rencontres amicales, l’homme invite le musicien
à visiter son pays. Et les voilà à bord d’un train sillonnant un
pays d’Amérique du Sud où règne la terreur. Or cette terreur
est à sens unique, car l’homme en complet gris est « président
à vie » du pays en question, un dictateur qui gouverne son peuple
l’arme au poing. Sous sa soudaine et imprévisible tutelle, l’innocent
musicien se verra asséner de mémorables leçons. Roman
humoristique et cruel sur le pouvoir, écrit avec un enthousiasme
communicatif, Balade en train assis sur les genoux du dictateur
nous entraîne dans un voyage étrange et captivant.
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En quelques mots, comment présenteriez-vous votre livre ? |
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Un concours de circonstances amène un musicien frustré à suivre un dictateur sud-américain dans son pays et dans l'exercice de ses fonctions dictatoriales.
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Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage et à le publier ? |
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Ça a commencé avec un rêve morbide, qui m'avait laissé un sentiment désagréable : un type qui avait droit de vie et de mort sur moi me forçait à regarder des exécutions assis sur ses genoux. Fort désagréable, très content de me réveiller. Curieusement, j'ai conservé ce sentiment désagréable intact pendant des mois, le temps d'écrire cette histoire. Étrange choix.
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À votre avis, à qui votre livre s'adresse-t-il ? |
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Je préfère n'exclure personne.
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En quoi se distingue-t-il d'autres ouvrages qui seraient comparables ? |
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Se distinguer de quelque chose de comparable... Quelle étrange question... Pour moi, il est très particulier en raison du fait que c'est moi qui l'ai écrit. Je ne crois pas, cependant, que ce soit un gage de quoi que ce soit. |
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Avez-vous des rituels d'écriture ? Lesquels ? |
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Aucun qui soit essentiel. Le café aide. Mais il aide aussi lorsque je n'écris pas donc ça ne compte pas vraiment.
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Quels sont les écrivains et les œuvres qui vous ont le plus marquée ? |
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Romain Gary, Witold Gombrowicz, Frank Kafka.
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Qu'est-ce qui vous passionne ? |
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La musique, la lecture, la course à pied et tout ce qui fait rire.
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Quels sont vos projets à venir ? |
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Écrire une sitcom, terminer un recueil de nouvelles, finir un disque, écrire un deuxième roman, me joindre à une ligue de hockey de garage.
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Avez-vous une adresse électronique où vos lecteurs peuvent vous écrire ? |
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C’est à cause de mon comptable que toute cette histoire
a commencé. C’est lui qui a prononcé la phrase
qu’il ne fallait pas prononcer, au moment exact où il ne
fallait pas la prononcer.
Parce que, depuis un an, j’avais cogné à toutes les
portes avec ma démo pour me trouver un contrat de
dis que, ne m’étais pas trouvé de contrat de disque,
m’étais endetté à mort, avais payé moi-même le studio
et les musiciens, avais fait faire le mixage par un
professionnel, puis le mastering par un autre professionnel,
et avais finalement fini par le tenir entre mes
doigts, ce disque que je voulais faire depuis si longtemps.
Je l’avais ensuite fait dupliquer en milliers de copies
et avais trouvé un distributeur, envoyé des exemplaires à
tous les journaux de Paris et invité un tas de journalistes
au lancement.
Pas un seul ne s’était présenté.
Aucune critique n’avait paru.
Dans aucun journal.
Jamais.
J’avais vendu un disque à tous les gens que je connaissais
et à tous leurs cousins et voisins. Même chose
avec tous les inconnus à qui j’avais pu. Je n’avais pas
même réussi à écouler le premier millier.
Le distributeur avait fi ni par m’appeler pour que
j’aille récupérer les caisses d’invendus qui occupaient de
l’espace rentable dans ses entrepôts.
Puis, juste avant la phrase fatidique de mon comptable,
il y a eu l’appel de mon frère. Il m’invitait à aller le rejoindre à New York, à ses frais. Il m’a dit que voir du pays me
remonterait le moral. Mon frère emploie des expressions
comme voir du pays de la même façon qu’une con cierge
qui n’est jamais sortie de sa loge bien qu’il ait fait le tour du
monde dans tous les sens. J’ai refusé l’invitation. Je n’avais
besoin de la charité de personne. Ils l’au raient tous dans
la gueule le jour où mes chansons tourneraient à la radio.
Je notais mentalement le nom de tous ceux qui ne me prédisaient
pas le succès : ils n’auraient droit à rien après.
Et finalement, il y a eu mon comptable.
Un comptable, par défi nition, comptabilise. Et si quelqu’un
décide de se faire comptabiliser par un comp table,
c’est que ce quelqu’un ne veut pas se compta biliser luimême.
Et si ce quelqu’un ne veut pas se comptabiliser luimême,
c’est peut-être qu’il n’a pas envie de connaître son
état de compte. Parce que, même si le comptable fait comme
si de rien n’était, en vérité, il comptabilise pour savoir si le
quelqu’un vaut vraiment quelque chose. Pas agréable de se
faire comptabiliser : le comptable a des comptes à rendre,
c’est son travail, et il les rend jusqu’au dernier. Il donne
l’heure juste, avec tous les chiffres à droite de la virgule. Et
même si l’on se plaint souvent qu’on ne nous donne
ja mais l’heure juste en ce bas monde, peut-être vaut-il
mieux ne pas se la faire donner par un comptable.
Mon comptable à moi m’a demandé de lui présenter
toutes les dépenses et tous les revenus de mon disque
pour faire mes impôts, et il a mis fi n à ma carrière musicale.
– Vous allez être content. Nous allons pouvoir reporter
les pertes de votre disque pour les déduire de vos
impôts des cinq prochaines années.
Il était tout sourire et bonheur de m’annoncer cette
merveilleuse nouvelle.
Reporter les pertes de mon disque pour les déduire
de mes impôts des cinq prochaines années…
Reporter, pertes, déduire, impôts.
La phrase la moins rock’n’roll jamais prononcée.
Je suis sûr qu’on n’a jamais dit ça à David Bowie.
Le lendemain, je partais pour New York.
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